Interview Sylviana Vesper et son roman Zodiaques, L’héritier de Zorgana, tome 1
Interview Sylviana Vesper
Peux-tu te présenter
Je suis Sylviana Vesper, une rêveuse de trente ans, maman de deux enfants et d’un chat roux persuadé d’être la réincarnation de Garfield. Ma première passion a toujours été le dessin, je gribouille depuis que je sais tenir un crayon et je rêve depuis longtemps de devenir illustratrice dans le domaine de l’édition. Amoureuse de la culture japonaise, j’ai grandi entre les mangas et les univers poétiques de Miyazaki, qui nourrissent encore aujourd’hui mon imaginaire. J’ai toujours aimé écrire, même si mes cahiers d’école gardaient parfois plus de dessins que de leçons ! Mon univers mêle fantasy, mythes et astrologie, des thèmes qui me passionnent et que je tisse depuis plusieurs années dans un monde à la fois sombre et symbolique, inspiré par Tolkien et les grandes figures mythologiques. À travers mes créations, j’espère transmettre à mes enfants qu’il n’est jamais vain de rêver, d’imaginer et de créer, même quand on doute de soi.
Depuis quand écris-tu ? Qu’est-ce qui t’a donné envie de te lancer dans l’écriture ?
J’ai commencé à écrire à l’époque de Skyblog, où je publiais des fan-fictions sur Hakuouki, un manga que j’adore toujours. C’est là qu’un message a tout changé : une invitation à rejoindre un forum RPG de fantasy, Black-Rose. Sur ce forum, j’ai découvert le plaisir d’écrire à plusieurs, de créer des personnages, dont Aranael, qui m’accompagne encore aujourd’hui, et de passer des nuits entières à inventer des histoires. Quand le forum à fermé, un grand vide s'est installé. Alors j’ai voulu reprendre l’aventure à ma manière : j’ai tenté de créer mon propre forum RPG, mais l’engouement n’était plus le même. Malgré tout, je n’ai pas pu abandonner ces univers ni ces personnages. J’ai donc continué à écrire seule, pour leur donner une nouvelle vie. De fil en aiguille, ces récits ont évolué et ont fini par donner naissance à mon projet Zodiaques. Et depuis, les idées continuent de se bousculer : spin-offs, one-shots, duologies... je crois que je n’ai pas fini d’écrire !
Quel a été le déclic pour te dire « je vais écrire un roman » ?
Au départ, Zodiaques n’était pas destiné à devenir un roman, mais un manga. J’écrivais le scénario, je faisais les dessins et je m’occupais de la mise en page moi-même. Après avoir travaillé sérieusement dessus, j’avais réussi à finaliser une dizaine de pages... qui ne me satisfaisaient pas du tout. Le travail pour réaliser un manga est colossal et surtout très long. Or, j’aime faire évoluer mon style et varier mes dessins, et sur un projet de 300 pages, cela aurait été un vrai défi. Avec tout ce que j’avais à raconter, j’aurais probablement passé ma vie à dessiner sans jamais avancer comme je le voulais. C’est ce qui m’a décidé à transformer Zodiaques en roman, tout en gardant mon amour pour l’illustration pour d’autres projets. Cette décision m’a permis de me concentrer sur l’histoire et sur les personnages, tout en laissant mon imaginaire libre de se déployer.
Quels thèmes ou univers t’inspirent le plus ?
C’est difficile de choisir, je n’ai pas vraiment de préférence : il y a tant de choses qui m’inspirent et me donnent envie d’écrire. J’ai autant adoré Harry Potter que Le Seigneur des Anneaux, et pourtant ces univers sont totalement différents. Les films de Miyazaki m’ont aussi profondément marquée, surtout ceux avec une touche de fantasy comme Le Voyage de Chihiro ou mon préféré, Princesse Mononoké. Mais ce qui m’attire le plus, c’est la fantasy sombre, où l’horreur et le fantastique se rencontrent : la dark fantasy. Je ne parle pas de la fantasy “gentille”, avec des lutins et des farfadets peignant des tomates dans les jardins, mais d’un univers authentique, complexe et parfois cruel, avec des personnages humains, imparfaits et faillibles, et des histoires qui ne finissent pas toujours bien. J’aime les récits détaillés, immersifs, sans censure, qui ne cherchent pas à tout simplifier.
Y a-t-il une ambiance, une émotion ou un message que tu veux absolument transmettre à travers ton œuvre ?
Au départ, je n’avais pas vraiment d’émotion ou de message particulier à transmettre. Mais au fil du temps, je me suis beaucoup attachée à certains personnages (et vous reconnaîtrez peut-être lesquels) et j’ai commencé à croire profondément au destin. Comme à Célendia, je suis persuadée que rien n’arrive par hasard, et quelque part, Zodiaques en est la preuve. S’il n’y avait pas eu Skyblog, je n’aurais jamais reçu ce fameux message qui m’a menée vers Black Rose. Sans ce forum, je n’aurais sans doute jamais commencé à écrire. Et pour la petite anecdote : il y a tout juste un an, alors que je songeais sérieusement à ranger mon manuscrit dans un tiroir, j’ai gagné pour la première fois de ma vie à un super tirage astro. Je me suis dit que c’était peut-être un signe. Et pile un an plus tard, je signais mon contrat d’édition et Zodiaques sortait en broché. Si ce n’est pas un signe du destin, je ne sais pas ce que c’est !
Comment organises-tu ton écriture ? (routine, rituels, carnet, musique, café...)
Quand j’écris, j’ai toujours mon super beau carnet à portée de main (j’avoue, j’ai une vraie passion pour les carnets !). À l’intérieur, j’y note le squelette complet du roman : le déroulé des chapitres, l’évolution des personnages et tout un tas d’idées en vrac. Au début, je ne fonctionnais pas du tout comme ça, mais comme on apprend toujours de ses erreurs, j’ai fini par comprendre l’importance de garder une trace écrite de ce que je fais. J’y résume donc chaque chapitre terminé, ce qui m’évite d’avoir à relire dix fois le manuscrit quand je fais une pause un peu trop longue. Ensuite, je me pose à mon bureau avec un café (et souvent quelques sucreries à portée de main), je mets mon casque sur les oreilles et je lance une playlist épique ou fantasy pour me plonger dans l’ambiance et me couper du monde. Je n’écris pas de très longues sessions, une à deux heures maximum par jour, parce qu’avec deux enfants, le temps est précieux. Je suis aussi une perfectionniste un peu têtue, alors même quand je fais un premier jet, j’ai tendance à relire et corriger immédiatement au lieu d’avancer... Mais bon, on ne se refait pas !
As-tu un message pour celles et ceux qui te liront ?
MERCI !
Parce que oui, si Zodiaques est entre vos mains aujourd’hui, c’est qu’il a su toucher votre curiosité. Avant d’envoyer mon manuscrit à Ordalium Édition, personne ne l’avait jamais lu à part moi. J’en avais parlé à quelques rares personnes, mais ce projet restait surtout un rêve, plus qu’une réalité. Alors aujourd’hui, savoir que Zodiaques a trouvé ses lecteurs, c’est un bonheur immense, je suis conquise ! Et puis, si comme moi, vous vivez avec le syndrome de l’imposteur et que vous doutez parfois de vos capacités, accrochez-vous. Parce que, comme le dit si bien Bouddha :
« Les grands accomplissements sont réussis non par la force, mais par la persévérance. »
Et je crois que cette phrase résume parfaitement mon aventure avec Zodiaques.
Travailles-tu déjà sur un nouveau projet ? Peux-tu nous en dire un mot ?
Un seul projet ? Noooon... plusieurs ? Ouuuiiii ! Zodiaques n’en a pas fini de raconter son histoire. Il faut dire que cela fait plus de dix ans que je travaille sur l’univers de Célendia, alors vous imaginez bien qu’il s’est étoffé au fil du temps, assez pour remplir une véritable encyclopédie ! Le tome 2 est actuellement en cours d’écriture. Je ne veux pas me mettre la pression avec une date précise, mais promis, je ne mettrai pas dix ans de plus à l’écrire. Et ce n’est pas tout : plusieurs spin-offs dorment déjà dans mes carnets, dont l’un centré sur un personnage du tome 1 (mais je ne vous dirai pas lequel).
En parallèle, je travaille aussi sur un autre roman qui met en scène deux jumeaux maudits. C’est une histoire de dark fantasy gothique, qui explore les thèmes de la lignée, de la malédiction et du pouvoir corrupteur de l’héritage. Un projet un peu différent, mais tout aussi passionnant !
Peux-tu nous présenter brièvement ton livre ?
Zodiaques est une saga de dark fantasy qui se déroule dans le monde de Célendia, un monde créé par quatre déesses où la magie a disparu. L’histoire suit des personnages complexes, avec leurs forces, leurs failles et leurs secrets, dans un monde riche et symbolique, où le destin et les mystères s’entremêlent. Entre intrigues, révélations et luttes de pouvoir, le récit explore les thèmes du pouvoir et de la destinée, et invite le lecteur à plonger dans un univers sombre et captivant. C’est une histoire que j’ai nourrie pendant plus de dix ans, et que j’espère voir vivre et grandir aux côtés de ses lecteurs.
Qu’est-ce qui rend ton histoire unique selon toi ?
À vous de juger, mais pour moi, ce qui rend Zodiaques unique, c’est avant tout l’exploration des signes du zodiaque sous forme de démons, une approche que je n’avais jamais vue ailleurs. L’univers lui-même est entièrement original : il possède ses propres croyances, religions, coutumes et une Histoire bien à lui. Et à en croire mes bêta-lectrices, l’univers de Zodiaques coule de source, au point qu’il n’est pas difficile de s’y immerger et de comprendre l’histoire. Cette fantasy serait, selon elles (et c’est un compliment en or) accessible à tous, sans pour autant être simpliste ou destinée uniquement à la jeunesse. Les personnages sont également un point fort : ils sont nombreux, mais aucun n’est là simplement pour « faire beau ». Chacun a sa propre histoire et joue un rôle essentiel dans la vie de Célendia. Je pourrais facilement écrire un spin-off sur chaque personnage tant leur histoire à était travaillée. Si Souleïa est l’héroïne, ce n’est pas pour autant qu’elle éclaire toute l’histoire à elle seule : les autres personnages sont tout aussi importants. Sans eux, Zodiaques ne serait pas ce qu’il est. Chacun apporte sa pierre à l’édifice et contribue à rendre l’univers vivant et captivant.
Quel a été le moment le plus difficile ou le plus marquant dans le processus d’écriture ?
Le temps a été mon plus grand défi. Oui, il m’a fallu une éternité pour écrire Zodiaques. Au départ, j’écrivais par passion, pour moi-même, et très souvent, la vie m’a forcée à mettre mon manuscrit de côté : un travail à 40 heures par semaine, l’arrivée d’un premier enfant, puis d’un deuxième... J’ai souvent délaissé Zodiaques, parfois pendant des années entières. Le manque de confiance en soi n’aidait pas non plus. J’aimais ce projet, mais je n’y croyais pas pleinement. Si je n’avais pas été poussée par la passion et encouragée par la personne qui partage ma vie, je n’aurais certainement jamais continué à écrire. C’est en début d’année que je me suis dit qu’il était temps de boucler ce livre. Je me suis plongée dedans à fond, sans lâcher prise, et je l’ai terminé. À dire vrai, il était déjà presque fini : je n’ai eu qu’à le relire et le corriger. Aujourd’hui, c’est décidé : peu importe les imprévus de la vie, je ne laisserai plus jamais un manuscrit de côté. Et j’ai bien l’intention d’écrire tous les jours, même si ce n’est que pour un tout petit peu.
Quelle scène t’a le plus émue, amusée ou bouleversée à écrire ?
La scène qui m’a le plus touchée est celle où Talia et Tiphalia sont séparées. En tant que maman, je souhaite être présente à chaque instant de la vie de mes enfants. Il m’est impossible de manquer quoi que ce soit, et je sais au fond de moi que personne ne les aimera jamais autant que moi je les aime. Alors, si je devais me mettre à la place de Talia et prendre la décision qu’elle a prise... je crois que je ne m’en remettrais jamais. À l’inverse, il y a des scènes qui m’ont totalement fait rire. Par exemple, celle où Kenji se retrouve à nu devant Miyabi. Je suis sûre que je ne suis pas la seule à avoir éclaté de rire à ce passage ! J’adore ce personnage et son caractère taquin, et j’ai pris un malin plaisir à écrire chacune de ses répliques.
As-tu une citation ou un passage favori dans ton texte ?
J’adore le passage cité du Chant des Âges, où la création du monde par les déesses est contée. C’est l’un des tous premiers extraits que j’ai écrits en commençant mon histoire, et c’est sans doute le seul passage qui n’a jamais changé depuis. Il a créé l’origine de Zodiaques, tout en racontant celle de Célendia, et il reste pour moi un moment fondateur de tout l’univers que j’ai imaginé.